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Grossesse et grippe H1N1, l’assourdissant silence des spécialistes

mercredi 5 août 2009, par Géraldine Chavrier

La grippette porcine n’a pas de quoi effrayer la plupart d’entre nous. Mais j’ai changé d’état depuis deux mois. Je suis enceinte (à ce jour et en espérant que cela continue). A ce titre, je me pose beaucoup de questions sur l’attitude à tenir pour protéger mon bébé pendant la pandémie qui pourrait survenir dès septembre en France.

Hélas, sur le site de l’Académie nationale de Médecine, j’ai trouvé une recommandation sur le bronzage, mais rien sur la grossesse et la grippette. Même silence sur le site de l’association française des gynécologues ou celui de l’International Federation of Gynecology and Obstetrics.

Mon gynéco-obstétricien ne m’en ayant pas parlé non plus (il faut dire que je ne lui ai pas posé la question et que l’ambiance était plutôt aux bonnes nouvelles), j’ai fini par interroger mon médecin traitant, toujours très soucieux de tout. Et bien, nous avons cherché ensemble quelques informations : il n’était pas plus informé que moi.

Alors, faisons un petit point, avec les quelques ressources d’un professeur de droit : les textes et les articles médicaux.

En premier lieu, il faut rappeler qu’une femme enceinte est vulnérable car son système immunitaire est bien moins performant. En effet, l’embryon ou le foetus porte les gènes de son père, pour moitié. Il est donc un corps étranger que le système immunitaire de la mère pourrait tuer. Mais la nature étant une formidable mécanique, le système immunitaire reconnaît bébé et s’adapte, ce qui implique plus de vulnérabilité.

Généralement, on reconnait que le vaccin contre la grippe n’est pas contre-indiqué pour le foetus.

Le Comité consultatif mondial sur la sécurité des vaccins (GACVS), créé en 1998 par l’OMS, au cours de sa neuvième réunion à Genève les 3 et 4 décembre 2003 rappelle cependant que (cliquez) " les fabricants comme les autorités nationales de réglementation déconseillent généralement le recours systématique à la vaccination antigrippale pendant la grossesse".

Toutefois, selon le comité " Malgré le manque de données relatives à l’utilisation des vaccins antigrippaux au cours du premier trimestre de grossesse, on constate que d’autres vaccins inactivés (le vaccin antitétanique, par exemple) se sont avérés sans danger dans ce contexte. on peut craindre qu’une grippe chez une femme enceinte n’entraîne un risque sensiblement plus élevé de morbidité, d’hospitalisation et même d’issue fatale, comparable à celui observé chez les personnes âgées de 65 ans et plus. Le risque pour le foetus de la grippe chez la mère est le même tout au long de la grossesse. Le GACVS a conclu qu’il faudrait reconsidérer le rapport risques/ avantages de la vaccination antigrippale pendant la grossesse, à tous les stades de celle-ci, compte tenu du risque élevé pour la mère – et donc pour le foetus – que présente la maladie, et (autant que l’on sache) du risque potentiel faible pour la mère et pour le foetus lié au vaccin antigrippal inactivé. Le Comité a donc fait connaître son point de vue à l’OMS. Cet avis ne s’appliquerait pas aux situations où le risque de grippe est faible ni aux vaccins vivants atténués, qui en tout état de cause ne sont pas indiqués pendant la grossesse."

C’est donc le rapport risques /avantages qui doit l’emporter, ce qui en soit est moins rassurant (pour le quidam) que si la vaccination était préconisée sans réserve.

Compte tenu de l’enregistrement récent dans le monde de complications chez la femme enceinte, et même de quelques décès de femmes enceintes, de décès in utero de l’enfant à naître, ou de la naissance d’un bébé contaminé par la grippe porcine, on doit considérer que la vaccination est nécessaire.

C’est d’ailleurs la conclusion à laquelle sont arrivés l’OMS (cliquez) et l’American College of Obstetricians and Gynecologists. Ils conseillent la vaccination des femmes enceintes par le vaccin trivalent inactivé.

Toutefois, dans ce cas, comment se sentir rassurée à l’idée de reprendre le travail et le métro en septembre, alors qu’on nous annonce que si la pandémie risque bien d’être là, les vaccins eux n’arriveront qu’en novembre ou décembre ?

De la même façon, comment persister dans le désir rationnel d’être vaccinée quand on apprend par voie de presse que la procédure de validation du vaccin sera accélérée pour rattraper le retard (justifié ou non, je ne suis pas virologue) à l’allumage ?

Cette crainte est d’autant plus forte que le Comité créé par l’OMS, lors de la même session a rappelé :

"Le GACVS a examiné les conclusions de la réunion d’octobre du Comité d’examen de la sécurité des vaccins de l’Institute of Medicine (IOM) des Etats-Unis d’Amérique, qui a passé en revue quatre complications neurologiques signalées comme étant associées aux vaccins antigrippaux inactivés : le syndrome de Guillain-Barré (SGB), la sclérose en plaques, la névrite optique et la maladie démyélinisante chez les enfants âgés de 6 à 23 mois. En dehors du SGB, dont on a constaté qu’il pouvait être provoqué par le vaccin contre la grippe d’origine porcine de 1976, l’IOM a jugé les données disponibles insuffisantes pour faire état ou non d’une relation de cause à effet entre la vaccination antigrippale et un quelconque de ces syndromes neurologiques. Les autorités sanitaires des Etats-Unis restent vigilantes et gardent à l’esprit la possibilité d’une association entre la vaccination antigrippale et les maladies neurologiques. Elles espèrent conduire une étude pour déterminer si le vaccin contre la grippe porcine de 1976 pourrait avoir été accidentellement contaminé par Campylobacter jejuni, endémique chez la volaille, et désormais incriminé comme cause du SGB. Il convient donc de continuer à examiner cette association éventuelle et le ou les mécanisme(s) supposé(s), qui pourraient faire intervenir une maladie d’origine immunologique, avec ou sans base génétique."

Bref, à défaut de tout comprendre, on apprend que le vaccin contre la grippe porcine de 1976 a provoqué le fameux syndrome SGB. .

Evidemment, en cherchant toute seule, sans les compétences médicales pour faire le tri, je me sens moins rassurée.

Finalement, puisque le Tamiflu est utilisé depuis longtemps et que l’on sait qu’il ne présente aucune contre-indication en cas de grossesse, on pourrait se demander s’il n’est pas préférable d’être vigilante et, au premier signe de fièvre et de toux, de demander un tel traitement.

Attention, il ne s’agit pas de conseiller une telle attitude : je suis bien docteur, mais en droit pas en médecine. Il s’agit en fait de signifier par cet article que plutôt que de recenser tous les cas de grippette et d’annoncer une possible pandémie de grippette, il conviendrait d’expliquer à toutes les femmes enceintes quels risques encourent leur bébé en cas de vaccination. Car, à défaut de communication gouvernementale, à défaut de communication de l’Académie de Médecine, de l’association des gynécologues-obstétriciens, il y a un risque pour que chaque femme concernée se persuade de ne pas recourir à la vaccination... si le vaccin arrive à temps.

Pour ces dernières, la problématique est différente. Elle ne sont pas responsables d’elle-mêmes mais également de leur enfant à naître. Elles ne décident pas de leur propre avenir ou de leur propre santé, mais aussi de celui d’un enfant qui pourrait supporter toute une vie d’avoir été vacciné, ou de ne pas l’avoir été, par manque d’information. Leur décision est plus susceptible d’être dictée par la peur que toute autre catégorie de la population.

Médecins, virologues, quand vous serez rentrés de vacances, vous voulez bien vous prononcer ? Combien de patientes sont passées dans vos cabinets ces dernières semaines et combien ont reçu une information de votre part ?

(A noter tout de même, ce lien (cliquez) que je viens de découvrir et qui délivre quelques informations... notamment sur le manque de connaissances pour l’instant pour envisager les effets de la vaccination sur la femme enceinte).

PS2 : sur le site santelog.com, vous pouvez lire ceci depuis le 4 septembre :

GRIPPE A/H1N1 et VACCINATION DES FEMMES ENCEINTES : Quand et comment

Actualité publiée il y a 2 jours CDC

On sait que les femmes enceintes seront prioritaires pour la vaccination dès que le vaccin contre le virus A/H1N1 sera disponible. Sachant que beaucoup d’entre nous s’interrogent à ce sujet, les CDC (Centers for disease control and prevention) ont actualisé leur position, précisant que ces femmes doivent être bien sûr doublement vaccinées : contre l’actuelle grippe pandémique et contre la grippe saisonnière, qu’on attend cet automne. Toutes les réponses sur la vaccination des femmes enceintes :

Parce qu’une femme enceinte est à risque de complications justifiant l’hospitalisation pour n’importe quel type de grippe. C’est ce qu’on a déjà pu vérifier depuis le mois d’avril, avec des formes sévères de grippe et des décès : 6 % des décès dus à A/H1N1 concernaient des femmes enceintes. Se laver les mains, éviter les personnes malades et autres précautions peuvent protéger ces femmes, mais le vaccin est la meilleure protection contre la grippe.

Le vaccin utilisé doit être la forme injectable inactivée contenant le virus tué, soulignent les CDC, à l’exclusion à l’exclusion de la forme spray nasal (virus atténué) qui n’est pas autorisée pour les femmes enceintes.

Mais quand vacciner et vacciner ? La question souvent posée est la possibilité de vacciner en même temps contre A/H1N1 et la grippe saisonnière. On étudie cette possibilité aux CDC, une double vaccination le même jour, mais à deux sites différents d’injection (une à chaque bras). Encore que l’on estime que le vaccin saisonnier risque d’être disponible avant le vaccin pandémique, donc il vaudra mieux y recourir dès sa disponibilité… pour ne pas attendre trop longtemps la double vaccination, attente exposant aux risque de complications en cas de contamination ! Le vaccin peut être administré à n’importe quel terme de la grossesse, de préférence en deux doses à 3 semaines/1 mois d’intervalle.

Réponses aux questions :

Oui mais… si une femme enceinte accouche avant la date de la seconde dose ? Réponse des CDC : Il faudra pratiquer celle-ci, sachant que les enfants de moins de 6 mois (a fortiori les nouveau-nés !) ne peuvent recevoir de vaccin. C’est à l’entourage médical et familial de se protéger des deux virus : saisonnier et pandémique.

Ce vaccin est-il sûr pour les femmes enceintes ? Réponse des CDC : On n’a pas montré que les vaccins de la grippe soient nocifs pour les femmes enceintes ou leur enfant. On a prouvé que le vaccin saisonnier est sûr, il leur est régulièrement recommandé. Le vaccin anti-A/H1N1 devrait être développé avec les mêmes procédés et les mêmes installations que ceux utilisés pour le vaccin saisonnier.

Y-a-il des essais cliniques du nouveau vaccin sur les femmes enceintes ? Réponse des CDC : Les études de sécurité clinique du vaccin pandémique sont en cours chez l’enfant et l’adulte sain. Elles sont conduites par l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses (NIAID). Pour les femmes enceintes, elles vont débuter ce mois-ci.

Le thimérosal n’est-il pas dangereux pour les femmes enceintes ? Réponse des CDC : Des monodoses de vaccin exemptes de thimérosal (conservateur) sont préparées spécialement pour le jeune enfant et la femme enceinte, bien qu’il n’y ait aucune preuve (evidence) qu’il soit dangereux pour la femme enceinte ou le fœtus, soulignent les CDC.

L’entourage d’une femme enceinte peut-il se contenter du vaccin nasal ? Réponse des CDC : La réponse est oui, sachant que la cible principale de la vaccination est la population entre 2 et 49 ans.

Mais si la professionnelle de santé qui administre le vaccin nasal est enceinte ? Réponse des CDC : Elle ne risque rien, l’essentiel pour elle étant de respecter l’hygiène de base prévue lors d’un soin à un patient.

Auteur : Jean-Marie Manus, Santé log (traduction, adaptation) (Visuel GSK) le 5 septembre 2009

Source : CDC, Atlanta.

http://www.cdc.gov/h1n1flu/vaccination/

Lire aussi : GRIPPE A/H1N1 et grossesse : Parer à la vulnérabilité des femmes enceintes –

GRIPPE A/H1N1 en France : La vaccination sera-t-elle "obligatoire" ?

GRIPPE A/H1N1 : Les PRIORITES DE VACCINATION en Europe -

6 Messages de forum

  • Bonjour, j’ai lu votre billet avec intérêt puisque je suis moi même enceinte de trois mois et que je me pose bcq de questions sur le virus de la grippe A, et j’essaie de glaner des infos sur Internet. J’ai notamment trouvé ce document d’information publié par la maternité Antoine Béclère de Clamart : voir en lien. La vaccination me fait un peu peur, mais s’ il faut vraiment se faire vacciner il faut que ce soit par un vaccin inactivé. Bien à vous

    Voir en ligne : Pandémie grippale H1N1 et grossesse

    • Grossesse et grippe H1N1, l’assourdissant silence des spécialistes 24 août 2009 14:03, par Géraldine Chavrier

      Merci pour votre lien, intéressant.

      S’agissant du vaccin inactivé, je m’étais sentie rassurée par une interview d’un virologue, dans le journal le Parisien. Mais, je viens malheureusement de passer 4 jours à l’hôpital, dans un pôle maternité-gynéco-obstétrique.

      J’en ai profité pour interroger les uns et les autres : certains personnels de santé (dans deux hôpitaux différents car celui qui m’a prise en charge n’avait pas de lit pour m’hospitaliser) ne sont pas plus rassurés que les femmes enceintes à l’idée d’être les premiers vaccinés. Ceux-ci pensent aussi qu’on n’aura pas de recul sur le vaccin.

      Quant au généraliste qui est venu à mon secours, il m’a dit que pour les femmes enceintes, en cas de grippe A, on ne fait rien, on ne traite pas..... Il est mal informé : pour elle, on traite !

      Tout ceci n’est pas encourageant....

      • Billet très intéressant. D’autant que comme vous je cherche des infos et que je n’en trouve aucune de rassurante. Je suis enceinte de deux mois, prof en collège et je me rends sur mon lieu de travail après 1h15 de métro rer le matin, idem le soir. En gros, je voudrais l’attraper que je ne m’y prendrais pas mieux... Je vois mon gyné lundi et lui poserai de plus amples questions, mais vraiment, rien de rassurant...
  • Bonjour, Je cherche aussi quelques info quant à la grippe A, mais plutot des infos de droit du travail... et impossible de trouver quoi que ce soit pour mon cas... Je suis enceinte depuis 5 semaines, et je suis pharmacienne, donc très à risque d’être en contact avec le virus. Les plans de continuité d’activité prévoient que la durée du travail peut etre modifiée par l’employeur dans ce cas là : suspension du repos hebdomadaire, dépassement de la durée maximale de travail, heures supplémentaire et astreintes. J’ai lu que si le salarié refuse, il peut etre licencié pour raisons économiques... Moi qui ai déjà du mal à tenir debout une après midi entière car je suis vraiment très fatiguée, je ne sais pas comment je pourrais faire... Si quelqu’un a des notions en droit du travail dans ces cas là... merci d’avance
    • Grossesse et grippe H1N1, l’assourdissant silence des spécialistes 4 septembre 2009 17:54, par Géraldine Chavrier

      Dans votre cas, je ne vois qu’une seule solution, laquelle n’est pas forcément évidente. Il s’agit du droit de retrait qui permet à tout salarié d’arrêter son travail s’il est en danger grave et imminent. Il ne subit alors aucune retenue sur salaire et il ne peut être sanctionné.

      Le plus difficile est de faire valoir que la grippe H1N1 vous fait courir un danger grave et imminent.

      Pour le caractère imminent, tant que la pandémie n’est pas installée, il ne pourra être reconnu. En revanche, lorsque celle-ci surviendra, il n’est pas impossible que les seules femmes enceintes puissent faire valoir ce droit : il est reconnu que la grippe, sans véritable danger pour l’ensemble de la population, l’est davantage pour les femmes enceintes.

      Mais rien n’est garanti....

      Peut-être pourriez-vous tenter de jouer une autre carte : celle du médecin ou du gynéco-obstétricien, compréhensif, qui acceptera de vous prescrire un arrêt maladie pendant une dizaine de jours, le temps que le plus gros de l’épidémie passe.

      Et puis, vous êtes mieux placée que moi pour le dire, mais ne sous-estimez pas la protection apportée par les masques FFP2 et le lavage de mains réguliers. Ou tout simplement par la vaccination. Mon gynéco-obstétricien est très rassurant concernant le vaccin, et nous aurons quelques Etats qui l’auront expérimenté un peu avant nous....

      • Grossesse et grippe H1N1, l’assourdissant silence des spécialistes 4 septembre 2009 17:59, par Géraldine Chavrier

        Réflexions faites, si la pandémie survient alors que le vaccin est déjà sur le marché, vous ne pourrez pas utiliser votre droit de retrait puisque le danger sera considéré comme évitable.

        Ce droit de retrait ne sera possible qu’en cas de pandémie déclarée antérieurement à l’arrivée des vaccins.


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